Comment se passe un accouchement à domicile ? 

Par Armelle Fruchard | Mise à jour le 5 janvier 2024

En France, l’Accouchement À Domicile (AAD) est peu pratiqué et sujet à débat. Plus de 99 % des naissances se font à l’hôpital, et l’AAD souffre d’un manque de données et de législation spécifique. Cependant, depuis le Covid-19, l’intérêt pour l’AAD a nettement augmenté. En 2022 et 2023, 1200 naissances ont eu lieu à domicile en France. Comment se passe un accouchement à domicile ? Quels sont les avantages et risques associés ? On fait le point. 

L’accouchement à domicile est-il légal en France ?

En France, aucun texte de loi n’interdit l’accouchement à domicile (AAD). Cependant, aucune législation nationale n’encadre l’AAD, ce qui peut représenter un certain défi pour les sages-femmes, sans directives harmonisées. 

Pour pallier ce manque, l’Association Nationale des Sages-Femmes Libérales (ANSFL) a élaboré une « Charte de l’Accouchement à Domicile », établissant des règles de base pour assurer un accouchement sécurisé à la maison. De plus, l’Association Professionnelle de l’Accouchement Accompagné à Domicile (APAAD), fondée en 2018, offre des formations spécialisées et favorise l’échange professionnel pour soutenir et sécuriser davantage l’AAD. Malgré cela, seulement une centaine de sages-femmes pratiquent l’AAD en France, en grande partie car aucune assurance n’accepte aujourd’hui de couvrir leur pratique. 

Même si l’accouchement à domicile ne fait pas l’unanimité, il incarne un idéal d’intimité et de confort vers lequel tendre lors des accouchements. D’ailleurs, on remarque que tous les nouveaux lieux de naissances plus physiologiques cherchent à reproduire l’intimité et l’environnement unique d’une maison. 

Quels sont les prérequis pour accoucher chez soi ? 

Si l’accouchement à domicile est légal, il impose certaines conditions pour garantir la sécurité de la mère et de l’enfant. 

Voici les prérequis essentiels pour tout accouchement à la maison :

Trouver une sage-femme spécialisée : La première étape consiste à trouver une sage-femme libérale pratiquant l’accouchement assisté à domicile. En 2024, l’Association Professionnelle de l’Accouchement Accompagné à Domicile (APAAD) recense 107 sages-femmes dans ce domaine, soulignant leur rareté et la limitation du nombre de naissances qu’elles peuvent accompagner chaque mois. Vous pouvez retrouver sur le site de l’APAAD la liste des sage-femmes pratiquant l’accouchement à domicile. 

Critères de santé et localisation : Les futures mères doivent présenter une grossesse à bas risque (selon les recommandations de l’OMS et de l’HAS), c’est-à-dire sans pathologies influençant la grossesse ou l’accouchement, comme l’hypertension, un placenta praevia, une maladie chronique, un diabète gestationnel, etc. Les conditions spécifiques de la grossesse, telles que des antécédents médicaux ou des présentations particulières du bébé (comme une grossesse gémellaire, un utérus cicatriciel ou un bébé en siège), peuvent également exclure la possibilité d’un accouchement à domicile. Il est essentiel que le logement soit situé à moins de 30/45 minutes d’une maternité et soit accessible par les secours. Enfin, un des derniers critères est que l’accouchement se lance naturellement entre la 37e SA et la 42e. 

Suivi médical et préparation : Un suivi médical complet et conforme aux recommandations de l’OMS et de la HAS est requis tout au long de la grossesse. De plus, il est obligatoire d’ouvrir un dossier en maternité et de se rendre à la réunion avec l’anesthésiste. Cela permet d’assurer un dossier à jour et une bonne prise en charge en cas de transfert d’urgence. De même, l’accouchement à domicile ne prévoit pas la possibilité de bénéficier d’une péridurale. Il est donc important de se préparer à gérer la douleur différemment (haptonomie, chant prénatal, méthode Bonapace, etc).  

Décision informée et possibilité de transfert : Les femmes doivent être pleinement informées des risques et des conditions nécessaires pour un accouchement à domicile sécurisé. Elles doivent également prévoir la possibilité d’un transfert à la maternité en cas de changement de situation ou de complications soudaines. Une voiture doit être disponible (ou taxi) ainsi qu’un moyen de garde pour les éventuels enfants présents. 

Comment se déroule un accouchement à la maison ? 

Votre sage-femme vous aura probablement conseillé de vous équiper en alèses plastifiées, serviettes éponges et bassine. Si vous le souhaitez, vous pouvez également installer une piscine de naissance. Dans ce cas, dès le début de travail, la piscine doit être remplie. Par mesure de sécurité, il est important d’avoir les numéros d’urgence à portée de main.

Lorsque le travail commence, il vous faudra avertir votre sage-femme (et votre doula si vous en avez une). Selon ce qui a été préalablement prévu, elle se met en route ou se prépare. Votre sage-femme viendra avec son propre matériel médical, comprenant un monitoring pour écouter le rythme cardiaque de votre bébé, le kit d’accouchement mais aussi de quoi assurer en cas de situation d’urgence (matériel de réanimation notamment). Son matériel est équivalent à celui des maternités de niveau 1, à l’exclusion de la péridurale. 

Une fois sur place, la sage-femme vérifie régulièrement votre état ainsi que celui du bébé, en adoptant une surveillance clinique non-invasive, sauf en cas de signes préoccupants. Elle est également là pour vous offrir des conseils, du soutien moral ou encore des massages pour soulager la douleur.  En cas de signes de complications (comme une hémorragie ou des problèmes cardiaques fœtaux), elle peut initier un transfert rapide vers l’hôpital.

Après la naissance (du bébé et du placenta), la sage-femme reste pour s’assurer de la bonne santé de la mère et du nouveau-né et assurer les premiers soins. Au bout de 2 ou 3 heures, si tout le monde va bien, elle s’en va.  

Qui est présent lors d’un AAD ?

Les deux présences obligatoires lors d’un accouchement à la maison sont : la mère et la sage-femme. 

Ensuite, il est préférable que le partenaire soit présent et impliqué quand la démarche. C’est un soutien émotionnel et physique très précieux. D’autres membres de la famille, y compris les enfants, peuvent également être présents si la mère le souhaite. 

Les couples sont souvent accompagnés d’une doula lors de l’accouchement à domicile. Elle peut être recommandée par la sage-femme ou choisie directement par les parents. Dans tous les cas, elle rejoint l’équipe pour fournir un soutien additionnel. Il est essentiel que tous les participants à l’accouchement se soient rencontrés au préalable afin de faciliter la communication et l’harmonie le jour J.

Finalement, toutes les personnes dont la présence est souhaitée par la mère peuvent être présentes lors d’un AAD. 

Pourquoi souhaiter accoucher à la maison ? 

Voici les raisons généralement citées par les couples faisant le choix de l’accouchement à domicile :

  • Intimité : à la maison, les futures mamans peuvent accoucher dans un environnement qu’elles connaissent et qu’elles trouvent rassurant, loin de l’ambiance souvent impersonnelle des hôpitaux. Ce cocon intime lui permet d’être dans ses habitudes, d’être mieux disposée à lâcher prise, d’avoir la liberté de mouvement, de choisir la position et l’endroit où elle souhaite donner naissance et de suivre son rythme. Lorsque l’hôpital entre à la maison, l’ambiance est différente. Le rythme est plus lent et le silence prime. L’extraordinaire intensité de la naissance côtoie l’ordinaire de la maison, de ses odeurs, de ses souvenirs. 
  • Environnement familier : lors d’un accouchement à domicile, la maman connaît et a choisi toutes les personnes présentes. Elle est dans son intimité la plus stricte. De même, les frères et sœurs peuvent aussi être là afin d’accueillir le nouveau membre de la famille dès ses premiers instants. 
  • Moins d’interventions médicales : l’accouchement à domicile est souvent associé à une diminution significative des interventions médicales non nécessaires. Les données indiquent que les taux d’épisiotomies et de déchirures spontanées sont considérablement réduits lors des accouchements à domicile. De plus, moins de 1% des accouchements à domicile nécessitent une césarienne, contre 20% en moyenne dans les milieux hospitaliers (étude 2021-2022).
  • Peur absolue des hôpitaux : un des motifs est l’expérience passée d’un accouchement difficile en structure hospitalière.
  • Accueil du bébé : accoucher à la maison signifie que le bébé naît dans son environnement familial, évitant l’exposition précoce à des bactéries extérieures et favorisant un lien immédiat avec ses proches. Chacun est chez soi dès le départ, sans avoir à passer par la case “séjour à l’hôpital”. 

Un accouchement à domicile n’est pas plus beau ou plus fort qu’un accouchement en hôpital. La beauté d’une naissance est là où les parents souhaitent la vivre. Pour certains, c’est dans l’intimité de leur domicile, tandis que pour d’autres, c’est dans une maison de naissance ou un hôpital. Aucun lieu n’est supérieur à un autre; ce qui compte, c’est que les parents vivent une expérience positive et satisfaisante et qu’ils se sentent libres dans leur choix.  

Quel est le suivi médical lors d’un accouchement à domicile ? 

Le suivi médical diffère peu d’un suivi classique mais est généralement assuré par une seule et même personne : la sage-femme qui sera présente à l’accouchement. Voici comment il se déroule généralement :

Tout au long de la grossesse, les futurs parents bénéficient d’un suivi médical régulier incluant échographies et analyses médicales, le même que celui proposé en milieu hospitalier. 

Bien que la préparation à l’accouchement classique ne soit pas toujours nécessaire, une préparation au projet de naissance est essentielle. Cela implique souvent des discussions approfondies avec la sage-femme pour établir une intimité et comprendre les souhaits et attentes du couple. 

Un suivi médical rigoureux est assuré tout au long de la grossesse pour s’assurer que celle-ci reste à bas risque, conformément aux directives de l’OMS et de la HAS. C’est une des conditions sine qua non au projet d’accouchement à domicile. 

Après l’accouchement, des visites régulières sont effectuées par la sage-femme : le lendemain de la naissance, le 3e jours puis selon les besoins de la famille. L’examen du 8e jour doit être réalisé par un médecin, comme pour toute naissance. En général, entre trois et quinze visites sont effectuées pendant les deux premières semaines pour assurer une présence continue. Il n’y a aucune défaillance de surveillance dans le cadre d’un AAD, les règles sont les mêmes, seuls les lieux diffèrent. 

Quel est le prix d’un accouchement à domicile ? 

Le coût d’un accouchement à domicile varie considérablement en fonction de plusieurs facteurs, notamment la région et les honoraires de la sage-femme. Les tarifs peuvent varier de 500 euros à 1500/ 1700 euros. 

Les honoraires comprennent la période de garde 24h/24 et 7j/7 pendant environ cinq semaines autour de la date prévue de l’accouchement. Cette disponibilité, essentielle pour assurer la sécurité et la réactivité lors d’un accouchement à domicile, n’est actuellement pas prise en charge par la Sécurité Sociale. 

La Sécurité Sociale rembourse une partie des frais, à hauteur d’un tarif de base d’environ 315 € (en 2024). Cela signifie que la majorité des frais, soit entre 1 000 et 1 200 euros, restent à la charge des parents. Certaines mutuelles peuvent rembourser tout ou une partie des dépassements d’honoraires, n’hésitez pas à contacter votre organisme. 

Concernant le suivi prénatal et postnatal en revanche, il est 100 % pris en charge par la Sécurité Sociale. 

À ce coût, il faut parfois ajouter les serviettes, alèses voire la location de la piscine d’accouchement. 

L’accouchement à domicile est-il plus risqué ? 

De nombreuses études se sont penchées sur les risques liés à l’accouchement à domicile. Une étude significative publiée en 2019, incluant 500 000 naissances en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Australie et au Canada, indique qu’il n’y a pas plus de décès de bébés ou de mères lors des accouchements à domicile avec une grossesse à bas risque par rapport aux accouchements en milieu hospitalier.

Cependant, comme tout accouchement, celui à domicile peut comporter des risques. Les vraies urgences, imprévues et soudaines, sont très rares. On a souvent en tête qu’une césarienne se décide en quelques minutes alors que ce sont des situations absolument exceptionnelles. Il y a quasi systématiquement des signes avant-coureurs qu’il convient de connaître et de suivre avec attention. D’où la nécessité que les sage-femmes bénéficient d’une formation spécifique et soient équipées en circonstance. 

De fait, dans les hôpitaux également, il est courant que les sages-femmes interviennent pour gérer des complications lorsque le spécialiste n’est pas immédiatement disponible ou en attendant le transfert de la mère vers une autre unité de soins.

Attention à ne pas confondre l’accouchement à la maison de l’accouchement non assisté (ou accouchement autonome), c’est-à-dire sans aucune présence de professionnels. L’accouchement autonome est extrêmement marginal et peut être très risqué, notamment si les évaluations prénatales n’ont pas écarté tous les risques potentiels pour la mère et l’enfant.

Ainsi, avec une grossesse à bas risque, une surveillance adéquate et une sage-femme qualifiée, l’accouchement à domicile ne présente pas nécessairement plus de risques qu’un accouchement en milieu hospitalier. Cependant, une préparation minutieuse et la capacité d’intervenir rapidement en cas de complication sont essentielles pour garantir la sécurité de la mère et de son enfant.

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